Cadre légal
Vendre dans l’UE : quelle loi d’accessibilité pour votre site ?
Une entreprise qui vend en ligne dans plusieurs pays de l’Union européenne doit examiner la loi du pays de chaque consommateur visé, et non seulement celle de son siège. Le socle européen est commun, mais les textes, autorités et procédures restent nationaux.

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La réponse courte
Pour un site e-commerce transfrontalier, le marché du consommateur commande l’analyse : une boutique française qui propose ses produits à des clients allemands doit examiner le BFSG allemand pour ce parcours, même si son siège et son infrastructure sont en France. La directive européenne fixe un socle commun, mais chaque État membre l’applique par sa propre loi, avec ses autorités, contrôles et sanctions.
Pourquoi une directive européenne produit plusieurs lois nationales
L’European Accessibility Act correspond à la directive (UE) 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services. Une directive oblige les États membres à atteindre un résultat commun, mais elle doit être transposée dans leur droit interne. Elle ne remplace donc pas les lois nationales par un règlement unique directement identique dans toute l’Union.
Depuis le 28 juin 2025, les services couverts doivent respecter les exigences applicables lorsqu’ils sont fournis aux consommateurs. Les services de commerce électronique entrent dans le champ du texte lorsqu’ils sont proposés à distance, par voie électronique, à la demande individuelle d’un consommateur et en vue de conclure un contrat de consommation.
Le socle matériel est largement harmonisé par la directive, notamment au moyen de son annexe I. En revanche, les entreprises doivent identifier, pour chaque marché, le texte de transposition, l’autorité compétente et les modalités nationales de contrôle. Une même interface peut ainsi relever de plusieurs cadres nationaux fondés sur la même directive.
Cette lecture concerne les obligations d’accessibilité issues de l’European Accessibility Act. Elle ne tranche pas à elle seule les autres questions de droit applicable au contrat, de protection du consommateur, de compétence judiciaire ou de fiscalité.
Le tableau des lois à examiner selon le marché
Le point de départ opérationnel consiste à dresser la liste des pays dans lesquels la boutique accepte réellement des commandes. Chaque ligne pourra être reliée au guide national correspondant à mesure de sa publication.
| Marché du consommateur | Texte national de transposition | Guide national prévu |
|---|---|---|
| France | Code de la consommation, articles L. 412-13 et suivants, issus notamment de l’ordonnance n° 2023-859 du 6 septembre 2023 | Guide France |
| Allemagne | Barrierefreiheitsstärkungsgesetz, ou BFSG, complété par la Barrierefreiheitsstärkungsverordnung, ou BFSGV | Guide Allemagne |
| Espagne | Ley 11/2023, de 8 de mayo | Guide Espagne |
| Pays-Bas | Implementatiewet toegankelijkheidsvoorschriften producten en diensten | Guide Pays-Bas |
| Portugal | Decreto-Lei n.º 82/2022, de 6 de dezembro | Guide Portugal |
| Italie | Decreto legislativo 27 maggio 2022, n. 82 | Guide Italie |
| Danemark | Lov om tilgængelighedskrav for produkter og tjenester, LOV nr 801 af 07/06/2022 | Guide Danemark |
Un socle commun ne signifie pas une procédure unique
Deux lois nationales peuvent imposer des exigences issues du même texte européen tout en organisant différemment la surveillance du marché. Les autorités saisies, les pouvoirs d’enquête, les mesures correctrices et les sanctions dépendent du droit national. Une politique limitée à la loi du pays du siège laisse donc un angle mort dès que l’entreprise dessert d’autres marchés.
Le tableau constitue une carte de départ, pas une qualification juridique complète. Il faut encore vérifier que le service relève du champ matériel, que le pays est effectivement ciblé et qu’aucune exemption prévue par le texte applicable ne concerne l’entreprise.
Comment déterminer quels pays votre site cible
La simple possibilité technique d’ouvrir un site depuis un autre État ne suffit pas toujours à démontrer que ce marché est visé. L’analyse repose sur un faisceau d’indices montrant que l’entreprise propose effectivement d’y conclure des contrats avec des consommateurs.
- Le pays figure parmi les destinations de livraison proposées lors de la commande.
- Le site présente une version linguistique, des conditions ou un service client destinés à ce marché.
- Des campagnes publicitaires ou des pages d’acquisition ciblent les résidents de ce pays.
- Les modalités de paiement, de retour ou de livraison sont organisées pour ce territoire.
- Des commandes provenant de ce marché sont acceptées et exécutées de manière habituelle.
Aucun de ces éléments ne doit être isolé mécaniquement. Une version allemande constitue un indice fort, mais une boutique en français qui livre et prospecte en Allemagne peut également viser le marché allemand. À l’inverse, l’accès fortuit d’un visiteur étranger ne transforme pas nécessairement ce pays en marché desservi.
La cartographie doit partir du parcours réel plutôt que de la seule liste des traductions. Elle couvre la découverte d’un produit, la consultation de ses informations, la création d’un compte, le panier, le paiement, la confirmation et les fonctions d’assistance liées au contrat. Les applications mobiles utilisées dans ce parcours doivent aussi être intégrées à l’analyse lorsqu’elles participent au service de commerce électronique.
Cas concret : une boutique française qui livre en Allemagne
Prenons une société établie en France dont le site accepte les adresses allemandes, calcule la livraison vers l’Allemagne et permet à un consommateur allemand de finaliser son achat. Pour ce parcours, limiter l’analyse aux dispositions françaises serait insuffisant. Le service est proposé sur le marché allemand et le BFSG doit être examiné.
La boutique n’a pas besoin de créer un second site pour que la question se pose. Un même site peut servir plusieurs marchés et relever, selon les consommateurs concernés, de plusieurs lois nationales. Pour ses clients français, l’entreprise examine le droit français. Pour ses clients allemands, elle ajoute le BFSG et ses textes d’application à sa matrice de conformité.
Ce que l’équipe doit documenter
L’équipe peut associer chaque exigence à ses composants réels : navigation, recherche, fiches produit, formulaires, authentification, panier, paiement et service après-vente numérique. Elle conserve les résultats des contrôles, les décisions de correction, les éventuelles limites connues et les versions testées. Cette traçabilité aide à piloter le travail et à répondre de façon structurée à une demande d’une autorité.
La conformité ne consiste pas seulement à publier une déclaration. Il faut traiter l’accessibilité du service et fournir les informations exigées sur son fonctionnement accessible, selon le droit applicable. Le contenu et la forme attendus doivent être vérifiés dans le texte national et auprès de l’autorité compétente.
Si la boutique cesse d’accepter les commandes allemandes mais reste consultable depuis l’Allemagne, l’analyse du ciblage doit être reprise à partir des faits. Un blocage géographique apparent ne suffit pas à lui seul si d’autres parcours ou canaux permettent encore de conclure le contrat.
Champ, exemptions et période transitoire
L’European Accessibility Act ne s’applique pas indistinctement à toute page web professionnelle. Pour le commerce en ligne, la question centrale est celle du service de commerce électronique fourni à un consommateur. Un site purement institutionnel, sans parcours destiné à conclure un contrat de consommation, appelle une qualification différente.
La directive prévoit une exemption pour les microentreprises qui fournissent des services. Elle définit une microentreprise comme une entreprise employant moins de 10 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan annuel n’excède pas 2 millions d’euros. L’application concrète de cette exemption doit être vérifiée dans la loi nationale pertinente, en tenant compte de l’activité et de la structure concernées.
D’autres mécanismes existent lorsque le respect d’une exigence entraînerait une modification fondamentale de la nature du produit ou du service, ou imposerait une charge disproportionnée. Ils ne constituent pas une dispense générale. Ils supposent une évaluation conforme au texte, documentée, conservée et réexaminée dans les situations prévues.
Le 28 juin 2030 intervient dans certaines mesures transitoires. La directive permet notamment la poursuite, jusqu’à cette date dans les conditions qu’elle fixe, de contrats de services conclus avant le 28 juin 2025 sans modification. Cette règle ne doit pas être transformée en délai général accordé à tous les sites : les services nouveaux ou les parcours modifiés doivent être analysés selon leur situation propre.
Avant d’invoquer une exemption ou une transition, une entreprise présente dans plusieurs pays doit contrôler chaque transposition nationale. Un avocat connaissant les marchés concernés peut valider la qualification retenue et les justificatifs nécessaires.
Construire une conformité réutilisable dans plusieurs pays
Une base technique commune reste possible malgré la pluralité des lois. La directive harmonise une grande partie des exigences fonctionnelles, ce qui permet de corriger les composants partagés une seule fois puis de vérifier leurs déclinaisons linguistiques et nationales. Cette approche évite de traiter chaque pays comme un projet entièrement séparé.
- Cartographier les pays où des consommateurs peuvent réellement conclure un achat.
- Associer à chaque pays sa loi de transposition, son autorité et les documents publics pertinents.
- Tester le parcours complet avec des contrôles automatisés et des vérifications manuelles.
- Prioriser les obstacles qui empêchent de naviguer, comprendre, renseigner ou valider une étape.
- Conserver les preuves de test, les corrections réalisées et les décisions juridiques validées.
Les standards techniques constituent des moyens de structurer l’évaluation, mais l’European Accessibility Act ne se résume pas à l’affirmation qu’un site respecte les WCAG. Il faut relier les contrôles aux exigences applicables au service, aux informations fournies au public et aux règles nationales de surveillance.
L’état du marché justifie une vérification concrète plutôt qu’une présomption fondée sur le thème graphique ou le CMS. L’étude Inclaria 2026 observe que 94,5 % des 55 sites analysés du panel e-commerce français présentent au moins une non-conformité critique ou sérieuse. Ce résultat décrit ce panel précis et ne mesure ni l’ensemble du marché européen ni, à lui seul, la conformité juridique complète des sites.
Un scan automatisé peut repérer rapidement une partie des défauts testables, par exemple dans la structure ou certains composants interactifs. Il ne peut pas juger seul la pertinence de tous les textes alternatifs, l’ordre logique de chaque parcours, la qualité de l’expérience au lecteur d’écran ou l’ensemble des obligations juridiques. Inclaria assume cette limite : l’automatisation sert au repérage et à la priorisation, tandis que la conformité complète exige aussi des tests manuels.
Le bon ordre de décision pour un projet transfrontalier
Le siège social reste une information utile, mais ce n’est pas le filtre qui permet d’écarter les lois des marchés desservis. La première décision consiste à identifier les consommateurs auxquels le service est proposé. La deuxième consiste à qualifier le service et les éventuelles exemptions. La troisième consiste à confronter le parcours aux exigences et procédures de chaque pays concerné.
Cette méthode permet aussi d’organiser les publications nationales. Le guide pivot répond à la question du droit applicable, puis les fiches Espagne, Pays-Bas, Portugal, Allemagne et Italie peuvent préciser le texte local, l’autorité compétente, le régime de contrôle et les ressources officielles. Chaque fiche doit être mise à jour si la loi, ses textes d’application ou les orientations de l’autorité évoluent.
Ce contenu est informatif et ne constitue pas un avis juridique. Une entreprise dont le ciblage, le statut ou le modèle de distribution soulève un doute doit faire examiner son cas par un avocat compétent dans les pays concernés.
Questions fréquentes
La loi du pays du siège suffit-elle pour un site vendu dans toute l’UE ?
Non. Pour les obligations issues de l’European Accessibility Act, il faut examiner les pays dans lesquels le service de commerce électronique est proposé aux consommateurs. La loi du siège peut s’appliquer à une partie de l’activité sans neutraliser les transpositions des autres marchés desservis.
Une boutique française qui livre en Allemagne relève-t-elle du BFSG ?
Le BFSG doit être examiné lorsque la boutique propose effectivement son service de commerce électronique aux consommateurs allemands et entre dans son champ d’application. La livraison acceptée vers l’Allemagne, le ciblage commercial et le parcours de commande sont des éléments pertinents. Une qualification définitive exige toutefois l’examen du service et des éventuelles exemptions.
Les WCAG suffisent-elles pour respecter toutes les lois nationales ?
Non. Les WCAG fournissent un cadre technique utile, mais la conformité juridique dépend des exigences de la directive, de sa transposition nationale et des obligations d’information ou de procédure applicables. Des vérifications manuelles restent nécessaires pour les critères qui ne peuvent pas être testés automatiquement.
Une petite entreprise est-elle automatiquement exemptée ?
Non. La directive prévoit une exemption pour certaines microentreprises fournissant des services, selon des seuils d’effectif et de données financières, mais il faut vérifier la qualification de l’entreprise et la transposition nationale. L’exemption ne doit pas être déduite du seul statut commercial ou fiscal utilisé en France.
La date du 28 juin 2030 reporte-t-elle l’obligation pour tous les sites ?
Non. Le 28 juin 2030 concerne certaines dispositions transitoires encadrées, notamment des contrats de services conclus avant le 28 juin 2025 dans les conditions prévues par la directive. Il ne s’agit pas d’un report général de cinq ans pour les sites e-commerce.
Un audit automatisé peut-il prouver la conformité dans plusieurs pays ?
Non. Il peut détecter et prioriser une partie des défauts techniquement testables sur les parcours concernés. La validation complète combine contrôles automatisés, tests manuels, examen documentaire et analyse du droit national applicable.
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